Mots-clefs

, ,

La technologie envahit notre vie et je constate que, moi le premier, je l’utilise de plus en plus.

Cela soulève plusieurs problèmes à la fois de comportement, d’assujettissement et de relation (homme/machine, mais également homme/homme).

J’utilise un ordinateur personnel depuis 1977 (à l’époque, j’assurais des cours de mécanographie). Ma mère m’avait acheté au SICOB un ordinateur “Alciane“ en kit et a monter chez soi. À l’époque, il ne comprenait qu’une UC avec des switch et la programmation s’effectuait en binaire (je passe sur les péripéties du montage).

Pas d’écran, pas de clavier, pas de mémoire autre que la mémoire vive et, après avoir passé une heure pour simplement programmer une règle de trois, tout était perdu lorsque j’éteignais l’ordinateur. Mais c’était vraiment le début et c’était, pour moi déjà un bon en avant par rapport à la programmation des barrettes des machines mécanographiques (à l’époque j’assurais notamment des cours de comptabilité et de mécanographie).

Bien entendu, j’ai suivi avec beaucoup d’attention l’évolution des ordinateurs, depuis l’apparition des premiers périphériques (fiches CMC7, claviers, écrans, imprimante, mémoire de stockage, …), jusqu’à aujourd’hui.

Mais, la véritable “révolution“ s’est produite pour moi, lorsque, en 1983, j’ai vu le premier Lisa d’Apple qu’un copain commandant de bord avait ramené des USA.
Il faut bien comprendre qu’à l’époque, non seulement l’informatique était un monopole quasi exclusif d’IBM et de son système, mais que la plupart des ordinateurs avaient des écrans qui fonctionnaient principalement par accès codé, l’informatique étant une affaire de spécialiste.

Alors, lorsque je parle de révolution, c’est pour plusieurs raisons :

La première était due au fait qu’il n’était plus nécessaire de créer des lignes de code pour activer un programme ou rechercher un document, c’était l’apparition du bureau (certes moins évolué que celui que nous avons, mais un bureau où les fichiers étaient représentés par une icône et directement accessible et visuellement repérable avec l’apparition des dossiers. Cela semble insignifiant, mais à l’époque, c’était nouveau et cela permettait de s’affranchir des lignes de formules indispensables pour accéder aux documents, programmes, dossiers, …

La seconde était la corolaire de la première, c’est l’apparition de la souris. Tellement critiquée par les “spécialistes“ car elle permettait en fait se s’affranchir de longs et pénibles apprentissages du codage et permettait également de dessiner sur les premiers programmes de dessin bitmap (à l’époque, on dessinait sur ordinateur en utilisant des lettres).

La troisième était le système d’affichage qui correspondait à l’impression. C’était la première fois que l’on pouvait mettre en forme un courrier, utiliser différentes polices de caractères, et faire la mise en page directement sur l’ordinateur avec l’assurance que ce que l’on avait affiché à l’écran était ce qui serait imprimé sur le document.

La quatrième était l’apparition de programmes nouveaux (macword, excell, macpaint, lotus, …), qui donnaient accès à des applications jusque l’à réservées à une élite et une vélocité que l’on n’avait généralement pas sur les ordinateurs de bureau de l’époque.

La cinquième était le fait que tout était en un seul module. Pas de clavier séparé de l’écran, de mémoire extérieure à raccorder, de fils qui se baladent. Bref, un seul outil avec tout inclus.

Ces cinq évolutions majeures étaient une révolution, fortement critiquées (du style, la souris, c’est un gadget éphémère pour ceux qui sont incapable d’écrire des lignes de programmation, le système d’affichage, c’est pour ceux qui n’ont pas d’imagination pour se figurer l’impression finale ou qui ne savent pas correctement coder les noms d’un fichier, …). Toutes les autres marques et médias spécialisés (mis à part certains qui étaient attentistes) n’avaient pas de mots assez durs pour fustiger ces “gadgets“ pour ignares.

En fait, l’on avait là une avancée qui permettait de réellement démocratiser l’accès à l’informatique et permettait de quitter ce domaine de spécialistes qui s’enfermaient dans leur tour d’ivoire fiers de leur savoir et jaloux de ne le partager qu’entre eux avec force de mots techniques et anglophones, qui leur permettait immédiatement de savoir qu’ils étaient entre eux.

Maintenant, c’est notamment grâce à ces avancées qu’aujourd’hui tout un chacun peut communiquer, créer, expédier, visionner et effacer les distances à un cout nul ou ridiculement bas.

Mais voilà ! Je me rends compte que, comme l’avait prédit Einstein, l’outil créant le lien détruit le lien.

Ein.Techno->Abrutis

Je ne sais si pour autant nous arrivons sur une génération d’idiots, mais tout au moins, je vois que, notamment pour les jeunes, l’outil est en train de devenir le maître.         Moi même, ma femme et ma fille, avons pris l’habitude d’utiliser l’informatique que ce soit au niveau de nos ordinateurs, de nos tablettes, de nos Smartphone, mais nous avons appris et mis en perspective l’utilisation de l’outil comme un facilitateur ou une aide sans lequel nous ne saurions faire certaines choses. Mais l’outil reste l’outil.

J’utilise régulièrement mon ordinateur et mon Smartphone, mais je suis capable de m’en passer sans pour autant ne plus savoir que faire.

J’ai vu dernièrement un jeune qui était complètement perdu parce qu’il venait de fracasser son Smartphone alors qu’il partait en vacances et il était littéralement désemparé, égaré.

C’est là que je me suis dis que l’outil était devenu le maître et que j’ai pris conscience que son environnement était devenu électro-relationnel. C’est à dire qu’il ne concevait pas un instant d’être coupé des ses “amis“ avec lesquels il était en interaction continuelle.

Et je me suis dit que moi aussi, je ne me déplace plus sans mon Smartphone, qui est l’outil principal pour téléphoner, recevoir des mails, prendre des photos ou vidéos, enregistrer un message ou écouter une musique ou voir une vidéo ou communiquer sur internet, éclairer lorsque je suis dans le noir, jouer pour passer le temps, lire la presse, …

L’OUTIL est entrain de nous envahir et nous ne nous en rendons pas vraiment compte, car nous le faisons tous ensemble. Cet outil multifonction devient notre couteau suisse relationnel à tel point que certains ne savent pas faire la différence entre les “amis“ Facebook et les amis réels, voir la famille.

Il y a une telle distanciation entre le vrai et l’apparent que, seuls ceux qui ont vécu cette avancée technologique avec recul peuvent l’appréhender.

Or, beaucoup de parents, n’ont pas franchi le pas alors que les enfants sont en plein dedans.

Un fossé se creuse et une génération risque bien de surgir sans repères humains alors qu’une autre, complètement détachée de ces avancées est entrain de s’isoler.

Nous sommes donc devant une double mutation entre une partie des “anciens“ qui décrochent face aux nouvelles technologies et, une grande partie des jeunes qui deviennent dépendants et qui en perdent leurs repères.

Je pense notamment que c’est cette perte de repères qui explique les conversions au jihad, mais aussi la dépendance à bien d’autres maux de la civilisation moderne.

Notre société se scinde en 3 catégories :

  1. les humains détachés de toute technologie
  2. les humains adeptes des technologies
  3. les humains dépendants des technologies.

Je crains que la première catégorie peine à suivre les évolutions qui s’accélèrent.

J’espère être dans la seconde catégorie et pense que l’on ne peut pas faire l’impasse, mais qu’il faut garder la maîtrise et le discernement indispensable face à ces évolutions.

Je crois que la troisième catégorie s’avance vers une société fantôme et désintégrée accompagnée par une perte de repères qui la fragilise d’autant plus.

C’est pour cela que je suis convaincu que l’éducation des jeunes est un enjeu crucial et qu’elle ne pourra se faire que si les parents n’ont pas décrochés et s’ils ont l’autorité et l’ascendant nécessaire pour pouvoir accomplir cette tâche de plus en plus délicate et de moins en moins assurée.